vendredi 6 février 2009

Chaiko et Y. Cheng (La Fille de Shanghai) répondent...


Bonjour Ysabelle Cheng et Chaiko. Vous publiez tous les deux un nouvel album pour le label BAO des Editions Paquet sous le titre La Fille de Shanghai. Vous avez accepté de répondre par e-mail à quelques questions au sujet de ce projet très original.
En premier lieu, pouvez-vous nous dire qui vous êtes?

Chaiko: Bonjour, je suis Chaiko, j'ai déjà publié un premier album (Love Fragments Shanghai) aux éditions XiaoPan pour la Saint-Valentin 2008. Je suis producteur de dessins animés à Shanghai et aussi auteur de BD.
Y. Cheng: Bonjour, La Fille de Shanghai est mon premier album. Née en France d'une mère Française et d'un père Chinois, je travaille pour une multinationale du Luxe et j'ai choisi mon nom d'auteur en hommage à mes deux grand-mères.
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Filledeshanghaipreview.pdf

Sonny Liew (Malinky Robot) répond !


Bonjour Sonny Liew et merci de répondre à quelques questions à l'occasion de la sortie de votre premier album en Français, Malinky Robot pour le nouveau label BAO des Editions Paquet.

Votre biographie ressemble à une série de bifurcations incroyables. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre parcours?
A mon avis, incroyables n'est pas vraiment le bon adjectif, il s'agissait plutôt pour moi d'explorer graduellement ce que je voulais faire de ma vie... J'ai grandi avec l'amour des Comics et j'avais toujours une vague notion d'en dessiner moi-même, en particulier après avoir fait la connaissance de tous les artistes qu'on trouvait dans les pages du magazine 2000AD.(...)
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jeudi 5 février 2009

Interfaces (Nicolas Nemiri et autres)

Interfaces présente une nouvelle vague d'artistes internationaux, futurs grands noms, qui dépeignent avec passion notre 21ème siècle. Interfaces est un projet un peu fou: publier en un peu plus d’un an, quatre tomes et 600 pages, une sorte de panorama de ce qui se fait de plus original dans la BD mondiale et sa périphérie (peinture, photo, musique…). Une trentaine d’artistes du monde entier ont contribué chacun à une vingtaine de pages pour raconter des histoires d’aujourd’hui avec leur énergie, leur talent et parfois leur colère… Le premier tome regroupe, sous une couverture de Nicolas Nemiri, artiste Français qui partage son temps entre Paris et Tokyo et auteur de la série Je suis Morte (sur un scénario de Morvan), une dessinatrice de Hong Kong (Little Thunder), un auteur mexicain (Tony Sandoval), deux Chinois (Lu Ming et Lemmy), un Singapourien (Kuanth) et deux Français (Nicolas Nemiri et le photographe (Stéphane Hervé).
Reliure souple - 160 pages · Couleur - Format 19 x 27 cm - ISBN 978-2-88890-900-2 - Prix 17.50 €

Malinky Robot (Sonny Liew)

Que faire de ses journées quand on vit dans le quartier le plus populaire de Tokyo et qu’on ne tient pas vraiment à aller à l’école?
Quelque part entre La Recherche du temps perdu, Le Voleur de bicyclettes et Goldorak, Sonny Liew crée un univers unique. Diplômé de philosophie à Cambridge et de dessin à Rhodes Island, cet ancien élève de Mazzuchelli et de Jon Foster vit à Singapour et est régulièrement publié aux États-Unis chez DC Vertigo, DC Minx et SLG. Il a été nominé pour le Eisner Award du meilleur dessinateur en 2007. Malinky Robot est une exclusivité mondiale pour le label BAO.
Reliure souple - 96 pages - Couleur - Format 19 x 27 cm - ISBN 978-2-88890-902-6 -Prix 12.90 €

La Fille de Shanghai (Y. Cheng et Chaiko)


Partir, loin, sans se retourner, faire table rase du passé pour tout recommencer ailleurs! C'est ce que voudrait faire Min en quittant Shanghai, sa ville natale, pour Paris. Là, elle rencontre Philippe, un Français plus âgé, qui lui fait découvrir un monde qu’elle ne soupçonnait pas. Quel prix est-elle prête à payer pour sa liberté?
Une première collaboration entre une jeune franco-chinoise de Paris et un réalisateur de dessins animés de Shanghai, maître du dessin romantique dans l’air du temps.
Album Cartonné 56 pages Couleur Format 23.5 x 31.5 cm ISBN 978-2-88890-903-3 13.90 €

J-35 : Premières publications BAO


Ouf! Après plusieurs mois d'efforts, c'est bientôt l'arrivée des premiers titres BAO.
Il seront disponibles chez votre libraire (Librairies spécialisées, Fnac, Virgin, Espaces culturels Leclerc, etc...) le mercredi 11 mars mais vous pouvez déjà les réserver avec le bon ci-dessous (double clic puis imprimer). Pour les plus impatients d'entre vous, ils seront aussi disponibles en avant première à la librairie BD Fugue Café d'Annecy pour une triple dédicace le Vendredi 6 Mars et aussi les 7 et 8 Mars au FestiLivre d'Ugine, près d'Albertville en Savoie.
Plus d'infos très bientôt.

Retour d'angoulême


Il faut parfois savoir sacrifier à la tradition... Alors voilà un petit bilan d'Angoulême 2009, très partiel et très partial.
D'abord le temps!
Quelle agréable surprise de passer un festival sous le soleil. On n'en est pas encore à siroter une Pietra en T-Shirt sur le port comme au festival de Bastia, mais on n'en a jamais été aussi près. Un week-end entier à Angoulême sans neige, sans pluie verglaçante et avec des rayons de soleil, on n'avait jamais connu ça! Il faisait tellement beau que la plupart des auteurs du stand Paquet avaient bizarrement toujours envie d'aller fumer une cigarette dehors, même ceux qui ont arrêter de fumer depuis longtemps. Bon, l'hiver s'est rappelé à nous avec une belle tempête de neige le lundi sur la route du retour.

Ensuite les auteurs!
Encore une belle brochette d'auteurs sur le stand Paquet. Marianne (Askenazi), Soph' Adriano (de Vincentiis), David (Ratte),Romain (Hugault), Tony (Sandoval)... et j'en oublie plein (qu'ils m'excusent). On a bu (un peu), on a rigolé (beaucoup) et on a surtout refait le monde.
Venez les rencontrer l'année prochaine avec en plus quelques auteurs BAO.

Le festival
Pas vu grand-chose cette année, si ce n'est beaucoup de stands, beaucoup de livres et plein de nouveaux éditeurs. Quant au palmarès, pas de commentaires, je laisse ça aux spécialistes. Il y a dedans trop de livres pas encorelus (et qui ne le seront peut-être jamais, la vie est trop courte).
Alors, il ne nous reste plus qu'à nous mettre au travail pour préparer une édition 2010 encore meilleure en espérant vous y voir.

Pourquoi un nouveau label?



Parce que nous voulons créer un espace de liberté.
Un espace où les créateurs issus de la BD, du Manga, des Comics, de la Photo… peuvent
s’exprimer librement, sans contraintes de style, de forme et de formats.
Parce que le monde change.
Qui aurait pu imaginer que la culture Manga prendrait une telle place? Qui aurait pu imaginer que les réseaux mondiaux nous permettraient de travailler avec un scénariste à Paris, un dessinateur à Pékin, un coloriste à Mexico, un éditeur à Genève…?
Parce que la vie est faite de rencontres. Les artistes du label BAO se sont croisés lors d’un festival, d’un concert ou bien chez un ami commun… Avec un peu plus de 6 milliards d’humains, il reste encore pas mal de rencontres à faire…
Parce que l’Asie nous fascine et nous étonne. Les auteurs occidentaux ont envie de se frotter à la culture et aux modes de narration issus de l’Asie. Les auteurs asiatiques ont envie de raconter des histoires pour des lecteurs occidentaux en nous faisant partager leur culture.
Alors, bienvenue dans le monde de BAO!

Le catalogue est arrivé !


Enfin, le catalogue Paquet 1er semestre 2009 est arrivé chez votre libraire! Vous y découvrirez toutes les nouveautés à paraître entre Janvier et Juin 2009 avec en particulier les 6 premiers albums du nouveau label Bao!
Vous trouverez le catalogue chez votre libraire spécialisé BD ou bien au Salon du Livre de Paris sur le stand BAO.

mercredi 4 février 2009

welcome

Bienvenue dans le monde de BAO

dimanche 1 février 2009

Chaiko et Y.Cheng (La Fille de Shanghai) répondent !


Y. Cheng: J'avais adoré la première BD de Chaiko (Love Fragments Shanghai) et son éditeur nous a proposé de travailler ensemble sur ce projet, mais ceci est avant tout l'album de Chaiko, je l'ai simplement aidé à rendre son histoire plus accessible aux lecteurs français.
Pour tous les deux, la BD n'est pas votre principale activité. Qu'est-ce qui vous attire dans ce moyen d'expression? Estimez-vous avoir des choses à dire?
Chaiko: C'est vrai que ce n'est pas mon gagne-pain, mais c'est très important pour moi parce que j'aime raconter des histoires et que c'est la façon la plus directe et la plus efficace que je connaisse en mêlant les mots et les images.
Y. Cheng: C'est un peu différent pour moi puisque c'est surtout le résultat de plusieurs rencontres mais j'y ai pris goût, j'ai vraiment envie de continuer si mon éditeur le veut bien. Je ne suis pas sûre d'avoir "des choses à dire", mais j'ai certainement des choses à partager et les premiers lecteurs de La Fille de Shanghai ont l'air de cet avis.
Chaiko, vos deux albums publiés en France sont des histoires d'amour où des personnages féminins se retrouvent face à des décisions difficiles à prendre. Est-ce que c'est le reflet d'expériences personnelles?
Chaiko: J'aime les histoires d'amour. J'essaie modestement de réfléchir au sujet de l'amour et des relations entre les garçons et les filles parce que c'est probablement la plus grande aventure que nous puissions vivre. C'est vraiment un sujet qui est présent dans la vie de tout le monde. L'Art est issu de la vie. Alors, oui, on peut dire qu'il y a un peu de moi dans tous les personnages de mes livres.
Votre style est très personnel et en même temps très proche des magazines de mode. Est-ce que c'est parce que vous avez été influencé par des photographes ou bien parce que vous recherchez une esthétique commerciale, très "beautiful people"?
Chaiko: J'aime la mode, j'aime les jolies filles bien habillées. Et puis les histoires que je raconte se passent dans des villes modernes, où la mode est importante, et dans un milieu où l'apparence est importante. J'essaie de faire passer la personnalité et les humeurs de mes personnages par la façon dont ils s'habillent. C'est pour ça que le style de mes histoires est très "mode", parce que c'est ce que j'aime et parce que c'est nécessaire à l'histoire.
Suite à la publication de votre premier album, il semble que votre style attire beaucoup les jeunes femmes. Qu'est-ce qui fait que La Fille de Shanghai pourra plaire aussi à un lectorat masculin?
Chaiko: La plupart de mes personnages sont de très belles jeunes femmes qui pensent à haute voix. J'ai beaucoup travaillé avec Ysabelle sur cette album pour rendre le personnage de Min suffisamment complexe et crédible pour que chaque lecteur ait l'impression de découvrir et de comprendre ce que peut penser une jeune femme comme elle. D'après ce qu'en disent tout mes copains garçons, c'est un rêve qu'on a tous d'essayer de mieux comprendre l'autre sexe! J'espère que La Fille de Shanghai aidera quelques lecteurs dans cette direction.
Parlons un peu de votre collaboration qui s'est faite à distance je crois?
Chaiko: Oui, on s'est rencontrés à Paris en 2007, et nous avons échangé beaucoup d'idées sur les différentes façons d'appréhender l'amour, puis j'ai réalisé un story board complet qu'Ysabelle a restructuré en me challengeant sur pas mal de points. Elle a ensuite adapté les premiers dialogues et les a complétés en me demandant mon avis tout au long du processus. Je la remercie vraiment de m'avoir aidé à rendre cette histoire plus accessible aux Européens et plus riche.
Y. Cheng: J'ai vraiment essayé de me mettre à la fois au service de l'histore que Chaiko voulait raconter et au service des lecteurs qui voudraient être touchés par uen histoire qu'on espère universelle même si elle se passe à Paris avec une héroïne Chinoise.
Justement, vous avez choisi de situer cette histoire à Paris mais la moitié du livre se déroule à Shanghai sous forme de flash-backs. Pourquoi justement ces deux villes?
Chaiko: J'aime vraiment beaucoup Paris. Je suis venu pour la première fois en 2007 pour la promo de mon livre et j'ai adoré cette ville. J'y ai rencontré des gens fantastiques (dont Ysabelle...) et j'en ai gardé des souvenirs mémorables. Shanghai est ma ville et je l'adore. Ce sont deux villes pour lesquelles ont utilise le pronom "elle" en Chinois, deux villes dont on peut facilement tomber amoureux. J'ai envie maintenant de situer mes prochains albums dans d'autres villes. Peut-être qu'un jour il y aura un guide de voyages à mon nom... ah.ah.
Le personnage principal de La Fille de Shanghai, Min, est une très belle jeune femme, très attirante mais pas très sûre des choix à faire. Est-ce une métaphore sur l'état de la Chine aujourd'hui? ou bien s'agit-il d'une caractéristique commune à beaucoup de jeunes Chinoises dont la place dans la société est en train de changer de façon radicale?
Chaiko: Ces dernières années, de nombreuses jeunes Chinoises ont commencé à prendre de grandes responsabilités à Shanghai. Elles ont des jobs passionnants et sont très effciaces dans ce qu'elles font. Il y en a beaucoup autour de moi et je me suis vraiment inspiré d'elles pour le personnage de Min.
Y. Cheng: Etant à cheval entre les deux cultures, je vois très souvent chez mes amies ce type d'interrogations. Min hésite vraiment entre les deux mondes. Je ne saurais pas trop dire ce que pensent les dirigeants chinois, mais pour tous les jeunes éduqués, il y a vraiment des questionnements sur la vie qu'on veut vivre et les différentes modèles de société.
Chaiko, en tant qu'artiste chinois publié en France, avez-vous des problèmes pour être publié en Chine, et plus généralement quel est l'état des lieux de la Bande Dessinée dans votre pays?
Chaiko: Le monde de l'édition est assez spécifique en Chine. La BD étant essentiellement destinée aux enfants alors que je raconte des histoires pour les adultes. Mais tout cela change petit à petit et c'est déjà mieux. J'espère que le type d'histoires que je raconte deviendra de plus en plus populaire.
Merci du temps que vous nous avez consacré tous les deux. J'ai juste une dernière question à vous poser. Puisque Min semble être inspirée d'une personne réelle, est-ce-que ce serait possible d'avoir son numéro de téléphone?
Chaiko: Beaucoup de personnes m'ont déjà posé cette question. Et je me demande moi-même souvent qui sont réellement les filles autour de moi. Est-ce qu'une personne comme Min existe réellement? Bien sûr qu'elle existe, mais ce n'est pas une seule personne, plutôt une combinaison. Une combinaison des filles qu'on croit connaître, de celles qu'on imagine et de celles qu'on ne connait pas assez. Je pense que si c'est la fille de vos rêves, vous pouvez trouver une fille comme elle autour de vous. Peut-être que vous ne l'avez pas encore rencontrée ou bien que vous ne l'avez pas reconnue, mais elle existe.
Y. Cheng: Moi je lui réclame depuis longtemps le numéro de téléphone du garçon qui a inspiré Ajie et il refuse toujours de me le donner!
ENTRETIEN LIBRE DE DROITS. MERCI DE CITER LA SOURCE.

Sonny Liew (Malinky Robot) répond (suite)

(...) Par contre, habitant Singapour, je n'avais aucun contact avec l'industrie et je n'avais aucune idée de la façon dont on pouvait devenir auteur de comics. Il n'y avait pas de festivals, pas d'éditeurs, pas d'auteurs à qui parler... C'est comme ça que je me suis retrouvé à étudier la philo à Cambridge en Angeleterre.
Mais pendant ma seconde année à l'Université, j'ai envoyé quelques dessins à un journal de Singapour qui a commencé à les publier. C'était la première fois que je gagnais de l'argent grâce à ma passion. Une fois le virus pris, j'ai su que c'était comme ça que je voulais gagner ma vie, bien que conscient de la difficulté de la tâche. Dans cette perspective, aller étudier à la Rhodes Island School of Design et avoir David Mazzuchelli comme professeur a été un énorme tremplin: il a été le premier à vraiment m'aider à comprendre comment m'insérer à la fois dans l'édition "mainstream" et chez les éditeurs indépendants.

L'album Malinky Robot est publié en France en exclusivité mondiale par le nouveau label de Editions Paquet, BAO, même si certaines parties ont été publiées sous d'autres formes dans des fanzines ou des collectifs. Comment vous êtes vous retrouvés dans cette aventure?
J'ai eu la chance de rencontrer Pierre Paquet au San Diego Comic Con il y a quelques années. On était restés en contact et quand il a lancé le label BAO avec un nouveau Directeur de Collection, ils m'ont proposé de publier Malinky Robot en Français, et j'aurais été bien incapable de dire non.
Malinky Robot est un des tous premiers titres de ce label qui a pour ambition d'être un point de rencontre entre les artistes Asiatiques, Européens et Américains, entre les différentes façons de raconter des histoires et entre les différentes cultures. Cela semble aussi être une bonne définition de votre travail, est-ce que c'est comme ça que vous le ressentez ?
Hmm... En fait, j'ai lu vraiment plein des genres de BD/Comics/Mangas différents, d'Astérix à Maus, de Lee et Kirby à Munoz et Sampayo, et je les ai tous appréciés de différentes façons, et il me semble naturel que ma propre façon de raconter des histoires reflète toutes ces influences.
Malinky Robot suit les pérégrinations de deux jeunes garçons dans une sorte de Tokyo imaginaire. Pourquoi choisr cette ville en particulier et ces personnages ?
Les villes Japonaises, et Asiatiques en général, exercent sur moi une véritable fascination graphique, à la fois dans la réalité et dans la façon dont elles sont montrées dans des fims comme Blade Runner ou des Comics comme The Big Guy. C'est lié à une combinaison de bâtiments aux lignes très découpées et d'une sensation très organique donnée par tous les néons et les fils électriques qui circulent dans tous les sens, un univers très riche. Plus concrètement, j'ai acheté un jour chez un soldeur le livre d'Edward Fowler "San'ya Blues" et l'univers qu'il décrivait, celui des exclus à Tokyo qui luttent au quotidien pour survivre, m'est apparu comme cadre parfait pour y raconter des histoires.
Quant aux personnages, je dirais qu'ils sont issus de brouillons, de petites annotations, une sorte de processus naturel et spontané, plutôt que d'une recherche très structurée.
Il semble que les deux garçons de Malinky Robot, Atari et Oliver, n'aient pas de but particulier et apprécient cette situation. Est-ce que cela reflète un point de vue sur le monde autour de vous ?
Je suppose que je suis attiré par les histoires un peu déstructurées, qui avancent par à-coups; cela ressemble plus aux vrais rythmes de la vie, par opposition à des histoires qui appliquent des règles plus strictes de narration. Au-delà de ce constat, je suis vraiment persuadé que beaucoup des plaisirs de l'existence, et même ses points d'orgue, sont liés à des petites choses, plutôt qu'à de grands bouleversements, alors peut-être bien que les histoires que je raconte reflètent cette sensibilité.
Votre style graphique est unique et facilement reconnaisable. C'est un mélange de traits très détaillés mais en même temps très libres et très bruts, combinés à des couleurs très chaudes. On pourrait lire une sorte de filiation avec Matsumoto (Amer Béton), les caricatures de Daumier et Walt Disney. Vous reconnaissez-vous dans ces influences ou bien y-a-t-il d'autres noms que vous voudriez mentionner ?
Mes propres influences conscientes sont Bill Watterson, Katsuhiro Otomo, Dave McKean, Geoff Darrow and Matsamune Shirow, avec de nouveaux artistes que je découvre en permanence et qui rejoignent cette liste.

Né en Malaisie, vous vivez aujourd'hui à Singapour. Pouvez-vous nous parler un peu de l'industrie de la BD dans ce coin du monde assez méconnu des Français?
En fait, comme je l'ai déjà dit tout-à-l'heure, l'industrie de la BD à Singapour et en Asie du Sud Est en général en est vraiment à ses prémices: les auteurs qui ont la chance de trouver un éditeur sont très mal payés et doivent abandonner tous leurs droits. En plus, la demande est exclusivement tournée vers des importations des USA ou du Japon. Il y a quelques auteurs qui essaient de s'en sortir, mais dans une relative isolation, comparé aux véritables communautés de créateurs qui existent dans d'autres régions du monde. Je suppose que cela a été une des principales motivations du projet Liquid City publié chez Image l'année dernière. Cette anthologie d'artistes de la région a permis de leur donner plus de visibilité et de jeter les bases d'une communauté.

Vous travaillez esseniellement pour des éditeurs américains (DC Vertigo, DC Minx, SLG) et un de vos albums Wonderland a été nominé pour un Eisner Award du meilleur dessin en 2007. Aurons-nous bientôt la chance de découvrir d'autres ouvrages en Français?
J'aimerais vraiment que cela arrive. Pourquoi pas une édition française de Wonderland ou de My faith in Frankie?

Sonny, merci de votre temps et de votre gentillesse et à bientôt pour votre tournée de signature en France au mois de Mars.

ENTRETIEN LIBRE DE DROITS, MERCI DE CITER LA SOURCE.