lundi 19 mai 2008

Khato (Katana, l'âme du guerrier) se raconte...

LA SUITE...

Il est assez difficile de trouver un éditeur qui prenne le pari de ce type d'aventure dans les pays pour lesquels je travaille habituellement. C'est par l'intermédiaire d'un de mes amis que j'ai découvert les Editions Paquet et leur exigence de qualité. Et comme le thème de mon album correspondait à l'esprit de leur nouveau label BAO, les choses se sont faites naturellement.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur vous-même et votre parcours d'auteur de BD?
Je suis Argentin et je vis à Buenos Aires. J'ai commencé à faire de la BD il y a plus de trente ans en travaillant beaucoup sur commande pour des publications jeunesse dans les pays anglo-saxons (Warlord!, Animaniacs...) ou de langue espagnole.
Je suis aussi professeur de Karaté, ceinture Noire 4e Dan et j'ai fondé un de plus grands dojo du Chili qui a produit de nombreux champions. Je me considère comme un artiste qui a choisi la BD comme moyen d'expression. Enfant, j'ai beaucoup lu de BD réalisées par des grands artistes comme Hugo Pratt, José Luis Salinas, Alberto Breccia, Alex Raymond et plein d'autres et j'avais très envie de faire partie de ces mondes-là.


En tant qu'auteur BAO, vous voici rattaché à un courant d'artistes qui construisent des passerelles entre l'Asie et l'Occident. Pouvez-vous nous parler de votre relation avec le Japon et avec l'Asie en général?
J'ai une relation d'attirance et de proximité très spéciale avec la culture Japonaise. Il m'est même arrivé de cacher des samouraïs dans des histoires mettant en scène les Animaniacs! C'est aussi la longue pratique du Karaté qui m'a permis de développer cette connexion avec une culture, une histoire et un peuple aussi fascinants. Katana-l'âme du gerrier est aussi un moyen de rendre hommage à cette richesse et à cette relation.

Pour en revenir au livre justement, les quatre histoires, qui illustrent différentes valeurs traditionnelles avec l'arme comme fil rouge, sont souvent très violentes et pour ainsi dire très "macho". Que vouliez-vous exprimer, vous et votre co-scénariste Ricardo Ferrari?
Nous voulions mettre en avant certains éléments du code des samouraïs, le fameux Bushido: l'engagement, l'honneur, l'amitié, le courage. Il est évidemment plus intéressant de les mettre en scène dans un contexte de conflit et c'est pour ça que ces quatre histoires se situent dans la période des guerres civiles entre les clans, période violente mais aussi propice à faire émerger le pire et le meilleur chez nos personnages.

Vous avez vous-même été impliqué dans une vraie guerre, la guerre des Malouines/Faklands entre l'Angleterre et l'Argentine en 1982. Qu'est-ce que cette expérience vous a apporté et comment influence-t-elle votre travail, les histoires que vous racontez et la façon dont vous les racontez?
L'ironie du sort veut que, lorsque la guerre a démarré, je dessinais depuis plusieurs années les exploits d'un soldat anglais pendant la Seconde Guerre Mondiale pour un éditeur Ecossais! Evidemment, j'ai perdu mon travail ce jour-là! Mais mon autre activité à cette époque, c'était d'enseigner le Karaté dans une base militaire du Sud du pays et j'ai eu tout à coup beaucoup de choses à faire... J'ai ainsi entraîné de nombreux soldats des forces spéciales qui sont partis se battre contre les Anglais sur ces îles, ce qui a été très dur, comme toute situation de guerre. Comme on peut s'y attendre, cette expérience vécue ajoute un peu de réalisme à mon travail quand je traite des histoires de guerre. Je me souviens en particulier de quelques discussions que j'ai pu avoir avec des pilotes de chasse juste avant qu'ils ne s'envolent avec peu d'espoir de retour.

Pouvons-nous revenir quelques instants sur votre expérience de Professeur de Karaté et l'impact qu'elle a sur votre travail ?
J'ai commencé à pratiquer le Karaté assez tard, vers 18 ans. Cette expérience m'a transformé en profondeur, elle a fait de moi quelqu'un de plus équilibré, de plus spirituel, et en meilleure forme physique bien sûr. J'ai enseigné le Karaté à beaucoup d'élèves et c'est une très grande satisfaction de participer au développement d'un Karatéka. J'ai eu grâce à cela la chance de participer à de nombreux projets BD autour des arts martiaux et de développer ma connaissance des combats, des armes et des costumes.


Votre style de dessin dans Katana est très traditionnel, il rappelle un peu l'Age d'Or des comics argentins des années 70/80 avec des artistes comme Hugo Pratt (Italien, maus ayant vécu longtemps à Buenos Aires), Breccia, Munoz, Juan Gimenez, Carlos Nine ou Carlos Meglia. Quelle est la place de la BD aujourd'hui dans la culture argentine et quelles relations avez-vous avec ces artistes?
Mon Maître a été José Luis Salinas, un des plus grands artistes de BD argentins, j'ai des souvenirs merveilleux avec lui. Bien sûr, j'ai été influencé par la plupart des artistes que vous citez et plusieurs sont devenus des amis, par exemple Carlos Meglia qui vient malheureusement de décéder en 2008 et à qui cet album est dédié.

Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez et aurons-nous la chance des les lire en Français?
J'ai plusieurs projets en tête et en particulier une sorte de suite à Katana-L'âme du guerrier. Je vais profiter de mon séjour en Europe pour faire avancer tout cela avec mon éditeur...


Khato, merci de vos réponses et bonne chance pour la sortie de votre album.

KHATO sera en tournée de dédicaces fin Juin. Plus d'infos ici.